Gilles Pallaruelo vainqueur

Gilles Paralluello en Guyannne Afin de célébrer le 200e vol de la fusée Ariane, Jean-Benoît Jaouen, coureur émérite d’ultra a voulu organiser une épreuve de 200 km sur la seule route nationale que compte la Guyane. Ainsi, notre baroudeur ultra-marin a proposé aux amateurs de longues distances de rallier Saint-Laurent-du-Maroni à Kourou, en moins de 32 heures. 4 athlètes se lanceront dans ce challenge riche en sensations fortes. Seuls deux iront au bout : le créateur et Gilles Pallaruelo, qui décrochera la victoire en 30h50’, suite à moult péripéties. Gilles, 47 ans apparaît actuellement comme le coureur d’ultras le plus compulsif de France avec 120 compétitions à son actif en 15 ans, dont 10 Spartathlons, 2 Sakura-Michi, 4 Nove Colli, 4 UltraBalaton, pléthore de 100 km et de 24 heures

 

. Pourquoi tenais-tu à afficher ces 200 km à ton palmarès ?

- Tous les ans je cours une douzaine d’ultras, mais je tiens à en découvrir 3 nouveaux. Aussi, j’aime les courses de 200 km, qui obligent à passer une nuit sur la route. En plus, c’était la première fois que je me rendais dans un pays chaud en hiver. Et ce qui m’a motivé, c’est que cette épreuve était organisée par un coureur et liée au lancement de la fusée Ariane. Egalement, à part le Japon et à travers l’Europe, je n’ai jamais visité d’autres continents. Donc, ce challenge me permettait de vivre une aventure amazonienne en compagnie d’un bon guide

. Comment était le parcours ?

- De Saint-Laurent-du-Maroni jusqu’au 60e km, le parcours était très vallonné et nous avons traversé la forêt amazonienne. La route était étroite et de mauvaise qualité. A 6 heures du matin, au départ il faisait déjà 19° et rapidement la température est montée à 30°. Mais le problème c’était l’humidité avec un taux d’hygrométrie de 100%. C’était étouffant. Heureusement, qu’au début il y a eu par intermittence des pluies tropicales. Il faut signaler que cette route de 250 km reliant Cayenne à Kourou est la seule route nationale de la Guyane. Donc, il y a beaucoup de trafic. Ce qui est stressant parce que les gens roulent vite et dangereusement. A cela s’ajoute le stress lié à l’environnement. Si tu as besoin d’uriner, mieux vaut rester sur la route et ne pas tenter de pénétrer dans cet univers de verdure. Tu pourrais contracter des allergies, ou des éruptions cutanées en raison des plantes. Et puis, il y a les insectes et les animaux. Si j’aime l’exotisme, je ne me sens pas l’âme d’un aventurier. Depuis la route, j’ai vu beaucoup de singes qui en sautant de lianes en lianes, te suivent pendant 500 mètres et pas mal de serpents écrasés sur le bitume. Sans compter le bruit de gros oiseaux tels des perroquets qui piaillent en permanence, plus les yeux verts des caïmans planqués dans les marécages.

A partir du 60e km et jusqu’au 140e   à Sinammary, comme le profil était plat, j’ai bien déroulé et je suis passé au 100e km en 12 heures. En fait, sur les 200 km du tracé, nous n’avons traversé que deux villages : Iracouba au 109e et Sinammary. Là, il a commencé à faire très chaud et puisqu’il ne pleuvait plus du tout, en l’absence de nuages il est difficile de lutter contre les coups de soleil. En étant à 5° de l’équateur, on bronze vite. A Sinammary, j’ai mangé des glaces et je me suis allongé une heure. Il y avait une fête. Des bus étaient venus de Kourou pour continuer les célébrations du carnaval. Je les ai recroisés vers 23 heures en arrivant dans Kourou. J’ai failli mourir. Un est passé à 20 cm de moi.

Les 40 derniers km étaient de nouveau ondulés. Après 30h50’ d’effort, j’ai atteint les 200 km. L’arrivée avait été prévue au centre spatial devant la maquette d’Ariane 5, réalisée à l’échelle 1. Alors que je pensais mettre 26 heures, comme sur une Nove Colli, il m’a fallu 4 heures de plus en raison du stress et de l’humidité.

. Quelles étaient les principales difficultés ?

- Le stress, l’humidité et la chaleur. Sur cette route, il y avait une borne tous les km et il me tardait d’arriver en raison de ces voitures qui déboulaient à plus de 150 km/h et qui se croisaient à 3. Aucun ravitaillement n’avait été prévu. Donc Françoise, ma femme m’a assisté durant l’épreuve. J’ai bu 20 litres d’eau gazeuse et j’ai utilisé 5 litres d’eau sous la forme de brumisateur, pour me rafraîchir. Du 140e km, jusqu’à l’arrivée tous les km, je me vaporisais. Je me sentais dans une bouilloire. La chaleur, plus l’hygrométrie empêchaient le corps de se refroidir et le principal danger qui nous guettait était l’hyperthermie. J’avais l’impression d’avoir de la fièvre.

. Au final es-tu satisfait de ta performance et de ce voyage ?

- Oui. C’était génial. Après l’épreuve, nous sommes allés aux îles en catamaran et l’on a pu se baigner dans une eau turquoise. Et, je n’avais jamais vu ce type de marchés, où se côtoient Africains, Amérindiens, Asiatiques et Européens. Je ne savais pas ce qu’était une forêt vierge. Nous avons été bien accueillis, tant par les métros que par les locaux. Après au plan sportif, il s’agissait de ma première course de l’année. Cette victoire à l’occasion de ma rentrée me place en confiance pour la suite. Cette épopée m’a permis de me remettre en jambe, de perdre deux kg et de retrouver mon poids de forme.

. Et maintenant, quel programme t’attend ?

- Dimanche, je vais courir les 50 km de Lalinde. Le 16 avril, je me rendrai à la Sakura-Michi pour la 3e fois (250 km : Traversée du Japon dans la largeur de Nagoya à Kanazawa). Le 07 mai, je vais découvrir les 24 heures d’Eppeville. Le 22 mai, je courrai la Nove Colli pour la 5e fois. Le 04 juin, les 100 km de Chavagnes. Le 25, le tour du Lac Balaton en Hongrie : 200 km. Le 2 juillet, les 100 km du Morvan. Le 16, l’intégrale de Gégé : 245 km avec la traversée aller-retour de la Bretagne dans sa hauteur, au départ de Roscoff. Le 27 août, la traversée de l’Autriche, 218 km dans sa hauteur. Le 10 septembre, le Marathon du Médoc, à proximité de chez moi. Le 19 un 12 heures en Gironde. Le 24, la 40e édition des 100 km de Millau. La semaine d’après, le Spartathlon. Le 15 octobre, les 100 km de Royan. Ceux de Saint-Estéve, début novembre et un Téléthon en décembre. Voilà là un petit programme sympathique.

. Courras-tu un jour une course par étapes comme la Transe Gaule ?

- Le problème, c’est que je ne dispose que de 7 semaines de congés et cette course impose de partir longtemps. Voilà pourquoi, je privilégie les épreuves qui ne m’obligent pas à m’absenter plus de 2,3 jours, voir une semaine. Cependant, j’ai programmé la Mille Kil en Juin 2012.

. Sinon, toujours pas de problèmes de blessures avec les km que tu accumules ?

- Non, toujours en forme. Je cours et je m’entraîne qu’en endurance. Ce qui casse, c’est le travail de la vitesse et les séances sur piste. En plus, je respecte une bonne hygiène de vie.

> Christophe Rochotte