COMPTE RENDU DE MA MIL’KIL (Stéphane MATHIEU)
07 juillet 2015 – V3
Bonjour à tous,
Voici un compte-rendu de ma grande balade entre la Manche et la Méditerranée.
Attention, je ne souhaite pas concourir dans la catégorie CR, des champions au scratch existent sur ce forum ! Je précise aussi que la course n’est généralement pas pour moi une transcendance où on atteint un ‘plaisir’. Je suis plutôt du genre à gonfler les joues en soufflant, à avoir mal et souvent à le faire savoir ! En bref ce sera : concentration, obstination, abnégation.
Cela fait 3 ans, depuis la Mil’Kil 2012 que l’idée de participer m’occupe l’esprit. D’avoir suivi les avancées jour après jour de ces coureurs que je connais, de traverser la France sans contraintes d’étapes obligatoires, de faire une distance conséquente en si peu de temps.


C’est donc naturellement que je m’engage en 2014. Je sais déjà que je n’aurai pas l’occasion de refaire souvent une épreuve comme celle-ci à cause des implications de s’absenter une dizaine de jours (famille, travail, mobilisation de suiveurs…). Je me souviens de ce que m’avait dit Don Winkley lors des premiers 6 jours d’Antibes (j’y étais pour le pointage) : que ces courses étaient courues par des célibataires ou divorcés et rentiers. Heureusement que ce n’est pas tout à fait vrai mais quand même…
Je savais aussi que je ne devais pas me louper, car contrairement aux 100 bornes dont on peut trouver une épreuve tous les mois, voire toutes les semaines, ici c’est une fois tous les ans ou 2 ans.
Je pris donc le départ ce 15 juin 2014, avec comme objectifs de terminer et d’en finir en moins de 8 jours. J’avais loué un fourgon me disant que cela serait suffisant. Mon suiveur, Thierry Beaumont, copain de longue date des Kékés me connaît parfaitement et sera toujours à mon écoute et aux petits soins en toute occasion. Mon plan de course était globalement le suivant : une première grosse journée de 22h d’emblée, une sieste la première nuit de 5h à 7h, puis des journées de 110 à 115 km avec des pauses de nuit de 5h. Le début se passa comme prévu, 201km au bout de 22h. Ensuite, ampoule sous le pied que je néglige, qui s’étend, et qui crée je ne sais quoi dans le pied, une poche d’eau puis de sang, douleur permanente que je traîne pendant 300 km pour finalement arrêter au km 576.
Et là, je n’entends autour de moi que « tu es parti trop vite ». J’entends, j’écoute, mais je ne partage pas cet avis. Peut-être le premier 100km en 9h30 était-il trop rapide. Mais faire 9km/h le premier jour ne peut pas être considéré comme trop véloce. Je lus aussi des commentaires du genre « le ptit jeune, il est parti comme un fou, il s’est cassé, place aux expérimentés ». Ces derniers commentaires ne m’auront pas quitté l’esprit durant cette édition 2015 et auront su me motiver. Seul Serge Girard m’écrira qu’il pense aussi que pour faire moins de 8 jours, il faut passer au 200 en 24h.
Je remets donc le couvert pour cette édition 2015. Sachant encore une fois que c’est peut-être la dernière fois que je me lance dans cette épreuve avant très longtemps, je mets encore plus toutes les chances de mon côté : Location d’un camping-car (c’est vraiment un gros plus, pour le coureur mais aussi pour le ou les suiveurs). J’adapte aussi légèrement mon plan : 190 km à 22h de course, toujours sieste de 2h, puis rythme régulier de 110 à 115 km / jour, et 5 à 6h de pause la nuit. J’emmène aussi des chaussures plus souples, 4 paires, 2 modèles différents dans 2 pointures chacun. 2 modèles (Mizuno et Hoka) car les appuis sont légèrement différents et les usages aussi. Les Hokas sont
parfaites pour la course, les Mizuno pour la marche. 2 pointures car les pieds grandissent avec la distance. Je n’aurai pas prévu assez grand, et je devrai jouer du cutter les derniers jours. Aussi des pansements hydro colloïdes pour stopper immédiatement les ampoules. Gros entraînements en début d’année, moins de séances mais des sorties plus longues (40, 50, 60, 70 km parfois, et même 5 jours de suite à 100km en février pour me mettre dans l’ambiance. Cette opération m’aura mis en confiance car réalisée sans problème, et qui m’a fait sécher de 2kg nets). Ensuite 2 courses de 100 km rapides pour moi (8h35 et 7h59). Puis les 24h de Rennes que je ne termine pas pour cause d’inflammation des releveurs. Je sus ce jour qu’il faudra gérer les blessures pendant la MK. Mais un homme averti en vaut deux. Enfin les 2 Steenwerck + Chavagnes qui se passent finalement bien malgré un nouveau pb musculaire. Les 4 dernières semaines d’entrainement avec du repos et beaucoup de marche athlétique à 8 – 8.5 km/h.
En bref, je suis certainement mieux préparé, mais je doute plus que l’an passé. Car les objectifs sont toujours les mêmes, terminer, faire moins de 8 jours, et pourquoi pas gagner, même si ce n’est pas l’objectif premier, surtout que cette année je dirai dès le départ qu’Alexandre semble meilleur que moi sur le papier. Sur semi, sur marathon, (pas sur le 100km, mais il n’y joue pas souvent), record sur 24h à Rennes, peu de sommeil, un mental d’acier…
Je doute aussi car je me revois l’an passé confiant au départ pour souffrir et abandonner quelques jours après.
J’ai toujours par contre le plaisir d’assurer le suivi GPS de la course. Toute notre petite entreprise était motivée pour assurer la meilleure qualité de service. Tous ont adhéré au projet, à l’envergure de la course pour faire de cet événement une référence. Je ne me mettais pas la pression pour autant, concentré sur ma course.
J’ai toujours mon suiveur de choc, Kéké Thierry Beaumont, plus un autre Thierry pour le premier jour. Je n’en parlerai certainement pas assez durant ce récit, mais son travail a été énorme et permanent. Réveils et couchers en même temps que moi, toujours présent au km précis où nous donnions rdv. Et cela pendant 8 jours non-stop. C’est énorme. Tout seul, il devait tout gérer, l’intendance, la conduite, les ravitos, le road book, les fringues, les copains qui appellent, etc. Et je ne suis pas toujours marrant sur une épreuve comme ça. Je n’aime pas attendre, je veux rester dans ma bulle, ne pas m’arrêter.
J1 : 14 juin 07h01, c’est parti. Après une nuit courte (réveil spontané à 4h), on s’élance pour la première étape, objectif 190 km à 5h du mat. Je me concentre sur ma posture, sur ma foulée, je veux retarder le plus possible l’arrivée des blessures. Et ça va plutôt bien, on arrive à 5h le matin à 186.5 km. J’ai pas voulu me mettre ni dans le rouge, ni dans le orange. Une sieste de 2h qui se transforma comme l’an passé en hypotension-déshydratation, pas marrant du tout, mais pas grave, on connaît le truc, St-Yorre avec 3 ou 5 grammes de sel pendant 30 minutes, et on repart à 7h.
J2 : Objectif : arriver au km 300 vers 22h00. Journée difficile car courbatures (mais je savais qu’elles disparaîtraient les jours suivants). Inflammation des releveurs aussi, les deux, qu’on traite immédiatement avec découpage de chaussettes, bandage type entorse, bandage autour du tibia, massage, et foulée la plus naturelle possible avec étirement du pied en arrière à chaque pas ; Ca semble se calmer, et effectivement ça tiendra comme ça jusqu’au bout. Gros coup de pompe le soir, très brutal, on s’arrête à Montreuil-Bellay au km 286. J’aime pas prendre de retard sur mon programme et ça commence à me préoccuper.
J3 : Objectif initial 410 le soir, je sais qu’il ne faudra pas forcer pour l’atteindre. Mais ce qui me plaît c’est que je sais qu’on rentre dans le cycle ‘confortable’ de 18h30 (4h00 -> 22h30) sur la route et 5h30 d’arrêt la nuit. 18h30 d’affilée (15 min de pause maxi au total) ça peut paraître long, mais c’est comme ça, c’est le régime choisi. Petites foulées bras souples (7.5 à 8.5 km/h), et marche rapide (6.2 à 7.0 km/h) en alternance, on arrive en fin de journée à 402.
J4 : Objectif initial 520. Et là ça coince. L’après-midi je pense avoir été victime de fringale. Arrivé à la ramasse à Bénévent l’Abbaye, Thierry me fait la surprise de me montrer un énorme paquet de grosses chouquettes en m’en tendant 1 ou 2, en me disant d’attendre le fameux repas du soir. Déjà les mots ‘Attendre’ comme ‘Repos’ ont tendance à avoir l’effet opposé chez moi. Mais là, je prends le paquet, je reboote en mode reptilien, je cours vite pour que Thierry ne me rattrape pas, je bouffe (c’est bien le terme) 35 chouquettes, et lui rends le paquet quasi vide 5 minutes après. Ca ne m’empêchera pas de tout manger du repas du soir 20 minutes après. Ça allait beaucoup mieux d’ailleurs. Mais après tout ça, la journée se finit au km 502, seulement. Que 100 en une journée, je commence à gamberger, me dire que c’est le début du ralentissement, que les jours suivants seront à 90km, 80km, etc, me faisant arriver en 9, 10 jours, occasionnant un problème pour rendre le camping-car, etc, etc. Car j’ai quand même prévu de rentrer sur Paris mardi voire mercredi. JB qui est venu boire un coup avec nous le soir dans notre maison mobile tente de me faire relativiser. Il me dit : « prend peut être une petite bière » (ce que je n’avais pas encore fait, et pourtant, faut pas trop me forcer d’habitude). C’est vrai que j’avais ramené un stock de bière « La Mille », en fait Mille Vache, du nom de cette petite brasserie artisanale située sur le plateau de Millevaches. Avec un nom pareil, ça pouvait qu’aller sur la Mil’Kil. Du coup, j’en prends 1, 2, 3… Et advienne que pourra.
J’ai oublié de dire qu’étant devant, nous avons pu passer des moments très agréables avec JB, soit dans le camping car le soir soit sur la route furtivement, car JB fléchait devant moi. Une multitude d’anecdotes et d’analyses échangées lors de ces croisements. Un excellent moyen de rencontrer l’homme qui est derrière cette Mil’Kil. Un sacré bonhomme. Hors du commun, dans cette société qui n’aime pas les têtes qui dépassent.
Pour le fléchage rien à dire, c’est parfait. Enfin presque ! Car quand je dis JB fléchait « devant » moi, à Fougères, il s’affairait derrière, et me dit « t’inquiète pas, prends direction Vitré » ; j’avance, mais j’ai dû rater une pancarte, et me voilà dans le décor… Heureusement j’ai mon téléphone et je vois sur la carte mon erreur. Le mieux était de continuer et retrouver le bon parcours à la sortie de la ville (d’ailleurs je ne supporte pas de revenir en arrière, grrr !). Un bon 800 m de rab plus 2 autres endroits où je me suis égaré me feront probablement un total de 1002 km. C’est pas bien grave. Et puis à vaincre sans péril…
Je n’ai pas parlé de ma tenue. Et là c’est suite à l’expérience de l’an passé et aux courses faites au Japon. J’avais intégré qu’en ce mois de juin on supportait le soleil fort de 8h à 21h, c’est énorme, et usant pour l’organisme qui n’a pas besoin de ça. La crème solaire ne fait pas tout et ça devient vite désagréable avec les insectes et la transpiration. Je me suis donc couvert en T shirt manches longues et pantalon de course, flottant. Ainsi j’étais protégé du soleil et même de la chaleur. Les jours les plus chauds je m’arrosais toutes les heures, et j’étais bien.
Autre sujet intéressant, l’alimentation. J’ai mangé comme Pantagruel et Gargantua réunis pendant ces 8 jours. J’ai la chance d’avoir un estomac qui prend tout et tout en même temps. J’en ai profité pour manger très très vite (5 à 7 minutes maxi pour les repas et toujours en très grosses quantité tout au long de la journée. En fait toujours quelque chose dans l’estomac. Et 6 à 12 litres par jour en moyenne de St Yorre, Aptonia (boisson Décathlon), Coca. Parfois des 1l cul sec, et ça repart. Seules 3 tartines de Nutella, en pleine semaine de débat sur le sujet ont été rendues sur le bas-côté. Mais sûrement dû à un mauvais réveil qu’au produit lui-même.
Je n’ai pas parlé des nuits. Les amis ont eu l’impression que mes arrêts relativement longs me permettaient de bien dormir. Malheureusement non. Même si je suis concentré à tout faire vite tout le temps, dès que je m’arrête le soir, je traîne. Chips et bière pendant que Thierry me masse les releveurs, douche et au lit. Mais à partir de là, je m’endors pour me réveiller tout de suite, des douleurs intenables dans les genoux et les hanches. La position allongée est en fait insupportable. Debout ça va mieux. Je me rallonge, me recouche, tout ça tous les jours. Du coup, pas plus de 3 à 4 h de sommeil entrecoupé. Plusieurs fois j’ai dû compléter par une sieste de 20 minutes chrono en milieu de matinée. Seulement après cela, la journée était vraiment commencée.
Si un spécialiste peut nous dire pourquoi nous avons si mal aux articulations en position allongée, je suis très curieux de savoir. Sont-ce les os qui se touchent faute de maintien de ligaments fatigués ?
Une autre question dont j’aimerais connaître la réponse. Pourquoi a-t-on les mains qui gonflent au point de ne plus pouvoir les fermer lors des journées où il fait si chaud ?
Mais reprenons, nous en sommes en 5e jour.
J5 : Objectif initial 630. On est parti un peu plus tard je crois, vers 5h. La journée se passe beaucoup mieux que la veille. J’ai même l’impression (les jours suivants le confirmeront) d’être entré dans un mode d’endurance fondamentale où je pourrais courir comme ça tous les jours sans limite. Du coup j’avance bien, en en gardant beaucoup sous la semelle. J’ai une avance confortable sur Alexandre (50 km), et je sais que je pourrai accélérer quand je voudrai. La gagne n’est pas l’objectif premier, mais je veux garder mon avance et l’augmenter, ça me réconforte et je ne veux pas d’une dernière journée au sprint. On arrête à 610 km, soit 108 dans la journée.
J6 : Objectif initial 740. Journée comme la précédente. Malgré les reliefs très impressionnants du Cantal, j’avance bien et finis à 722, soit 112 dans la journée et seulement 18 de retard sur mon plan de base. Je suis assez frais en ressenti global, mais douleurs aux pieds tout de même, sur les appuis. J’ai envie d’accélérer, de me mettre en mode 100 bornes, de lancer l’assaut final. Mais je sais que cela n’est pas le moment. La traversée d’Aurillac (km 700 environ) m’aura fait réaliser à quel point on était dans notre bulle totalement incompréhensible pour le monde extérieur. Je le savais bien sûr, mais là, pour le coup, j’en ai pris conscience. Dans le centre ville, je croise des gens qui se baladent tranquilles avec une glace à la main, puis d’autres rondelets qui déambulent doucement. Des gens attablés et bien habillés (sans running, sans casquette, sans combi intégrale) qui sirotent lentement une bière. Et le plus fort a été de croiser quelqu’un qui sentait le parfum. Tout ceci était tellement différent de mon monde que je me dis finalement qu’il fallait profiter de ces moments de course même s’ils étaient difficiles !!!
J7 : Objectif initial 850. Je passe aux 6 jours en 741 km environ, ce qui me plut bien. C’est une perf que je n’aurais pas forcément imaginée sur un 6 jours. Surtout qu’en tournant cette nuit-là et sans le relief, j’aurais sûrement passé les 800 km. La fin approche, j’ai envie d’accélérer car je sais que je peux le faire, mais je ne veux pas me blesser. Ça serait en effet la catastrophe. Je décide de faire une grosse journée à 128 km pour atteindre mon objectif initial de 850km et restera 150 km le lendemain pour passer sous les 8 jours. Là je comprends que sauf blessure, j’ai réussi ce que je voulais. Finir, passer sous les 8 jours et même gagner. Ce sentiment de satisfaction et de bonheur fut plus fort à ce moment même qu’à l’arrivée qui consistera à formaliser ce dernier plan : de finir avant 7h01 lundi matin. Pour arriver à 850, je tourne un peu plus tard que d’habitude jusqu’à 23h30, sans forcer. Décor grandiose de l’Aveyron, croissant de lune, Venus et Jupiter très proches, ciel étoilé que je ne vois jamais à Paris.
J8 : On va à 1000. C’est simple et carré. On rate le réveil à 4h00. Pas très grave, j’ai tellement mal aux genoux la nuit que je me réveille souvent, et quand je regarde ma montre, je vois 4h45. Je dis à Thierry je prends vite un truc à manger sur la route, je pars, et on fera le petit déj. plus tard. Ça y est, la fin était lancée, 150 km à faire en 26 heures. Ça me paraissait tout à fait jouable. Je me voyais même arriver un peu après minuit. Mais comme souvent pendant cette semaine, je ne voulais pas d’une déchirure, ou de je ne sais quelle blessure qui vienne de je ne sais où. Du coup je me force à ralentir, alterner marche / course. Et finalement le manque de sommeil et la chaleur m’ont contraint à faire 2 petites siestes de 10 minutes et ralentir dans l’après-midi. Dès le soir, j’ai géré l’avance, changé plusieurs fois de chaussures tant j’avais mal aux appuis des pieds, et commencé à décompter les km. Vers le 950, je reçois un paquet de coup de fils d’amis qui souhaitent me féliciter à l’avance. Il faut dire que pendant cette traversée je suis resté un bon moment au téléphone (le bureau, les amis, les clients aussi !!). Ça ne me dérangeait pas, avec l’oreillette Bluetooth sur l’oreille, on peut parler sans se fatiguer. Mais là, au 950, d’entendre ‘Bravo tu as fini’ alors qu’il me restait 50 bornes, soit 8 à 10 heures sans s’arrêter après ces 2 dernières journées difficiles, j’aurais bien aimé les y voir !!! Je fis mon ronchon et décida de ne plus décrocher. Il fallait terminer. La nuit fut longue. Vers 1h du matin, on se mit d’accord Thierry et moi pour qu’il dorme un peu, je pris le sac à dos avec mes derniers crocos Haribo, barres de céréales, coca (nourriture 100 bornes pour le coup !). Et je m’accorde je crois ma première vraie pause (car non justifiée) de 15 minutes. Vers 4h, je rattrape Thierry, et nouvelle pause non justifiée de 15 minutes, mais le plaisir de traîner avant d’arriver. On se rapproche de Sète. Au 993è km, je m’assois 5 minutes par terre avec Thierry, face à la mer. Il fait encore nuit. Je savoure de gâcher légèrement mon chrono, de me savoir ‘en course’ mais enfin détendu et apaisé. C’était enfin fini. Je repense à ces 2 ans de préparation, je pense aux prochaines semaines qui seront difficiles, car je sais comme on le dit souvent que le chemin compte plus que l’arrivée, et que cette arrivée est une petite mort. Celle-ci sera néanmoins compensée par la fierté d’arriver d’un coup en haut du classement. Je repense à mon prof de gym de terminale qui se frappait la main sur le front en me voyant devenir tout rouge au bout de 50 m avec un pouls à 205. Comme quoi, l’endurance ça se travaille. Allez, on repart tranquille, JB me guide dans Sète, s’affaire à coller les dernières étiquettes. Mon épouse m’appelle pour me féliciter, je ne m’y attendais pas du tout. Elle était derrière son PC et me savait arriver. Quelle émotion. La route monte très, mais très fort, c’est le bouquet final. Comme des escaliers. Le jour se lève. Thierry me rejoint vers 998.5 pour qu’on finisse ensemble. Et je lui demande la route juste devant. Je veux voir le bout. 10 minutes plus tard, je reconnais le site par les photos que j’avais vues. Françoise et Christian Perchoc, Bernard Deborde, JB et Thierry m’applaudissent. Je sais qu’il y a du monde derrière les écrans même à cette heure et ça me fait plaisir. 7j 22 : 23 : 52.
S’ensuivent le partage de la bière de l’amitié, les mots gentils, puis une sieste, la rencontre des amis qui sont arrivés à Sète pour nous voir, la plage, puis l’arrivée d’Alexandre. Sa 5e Mil’Kil, 5 sur 5. Très impressionnant. Patrick Malandain m’appelle à ce moment pour nous féliciter tous les deux. Y aurait-il eu ces moments dans d’autres sports ? J’en doute. En fait je n’en doute pas du tout.
Le lundi soir nous quittons déjà le site, Thierry doit rentrer, et moi aussi. Je ne sais comment le remercier. Et il faut rendre le camping-car. N’ayant pas le permis (l’aurais-je un jour ? Faudrait déjà que je m’inscrive au code), heureusement que j’ai des amis sur qui compter pour ramener l’engin sur Paris. Je retrouve ma famille, et ma fille me confirme que j’aurai mes mille bisous.
Je redescendrai en train le vendredi avec les enfants à Sète pour la remise des prix, quel plaisir de retrouver ces compagnons de route. Et de ramener une médaille d’une taille qui ne rentrera dans aucun tiroir. Celle-là restera bien visible !
La récupération est lente. Beaucoup de sommeil, de mauvais sommeil, de cauchemars me croyant toujours en course. Prochaine course à Cléder 20 ans après mon tout premier 100 bornes en 14h18…
A bientôt sur les routes des 100 bornes…